L’île de Pâques : un peu d’histoire pour mieux comprendre la diversité culturelle de l’île

Nous avons pris un vol de Papeete (Tahiti) jusqu’à Hanga Roa, unique ville située sur l’ile de Pâques. L’avion décolle dans la nuit/le matin, à 2h55, nous avons donc passé la soirée dans l’aéroport. Le vol dure environ 5h et il y a 4h de décalage, nous sommes arrivés à Hanga Roa vers les 13h.

Une des personnes de l’hébergement que nous avons réservé nous attend et nous emmène gratuitement à bon port.

La situation géographique

L’île de Pâques est l’île la plus isolée du monde. Elle a été formée suite à une éruption volcanique sous-marine. Elle se situe dans le Pacifique à 1 900km de la Polynésie Française et à 3 700 km du Chili. Bien que l’île appartienne au Chili, on entend souvent dire que les Pascuans se sentent plus proches des Polynésiens, d’où la langue Rapa nui, cousine lointaine du polynésien.

L’île à la forme d’un triangle presque isocèle, avec à chaque extrémité un volcan. En tout il y en a plus de 70 sur l’île, tous éteints.

Un peu d’Histoire

Les premiers habitants

Les premiers habitants sont arrivés entre le IVème et le VIIIème siècle de la Polynésie Française. Lorsque sur une île polynésienne 2 clans se battaient pour s’approprier le territoire, les clans perdant devait partir. C’est comme ça que le roi Hotu-Motua et ses hommes se seraient installés et auraient érigés les statues. L’histoire dit que le roi, à son décès, aurait reparti l’île en 6 territoires pour chacun de ses fils. Puis, petit à petit, l’île a été divisée en tribus, en sous-tribus, en clans et en sous-clans.

Au-dessus de ces divisions, il y avait toujours un être suprême, respecté, plus mystique que politique : le roi, doté de pouvoir magique (le mana).

Il reste peu d’écrits sur les modes de vies des anciens pascuans, on sait juste qu’ils avaient établi une civilisation très hiérarchisée et organisée autour de la religion et des traditions. Ils vivaient d’un peu d’agriculture, d’élevages (poules) et de la pêche.

Culture et traditions de l’époque

Les ahus : les clans les plus puissants vivaient près de la mer, à proximité d’un ahu. Ce sont des autels cérémoniels, sortes de plateformes en pierre et en terre qui servaient soit de sépulture soit de support à un moai.

Les Moais : ces statues restent un mystère du fait de l’effacement des traces concernant la culture pascuane. Il semblerait que ces statues représentent des chefs ou des prêtres. A l’époque, les statues étaient peintes en rouge et blanc, à la manière des tatouages, symboles de pouvoir. Certaines statues avaient un chapeau : pukao. Certaines étaient posées sur un ahu, mais beaucoup d’autres étaient disséminées sur l’île à même le sol. 272 ahu et plus de 1000 moai sont présents sur l’île. Les statues sont toutes faites sur le même modèle, la finesse et les finitions diffèrent selon l’habilité du sculpteur. Elles sont fabriquées à partir de tuf volcanique, directement dans la roche, puis transportées au lieu souhaité (cela pouvait prendre des années) à la mort du chef en question.

Les différents clans se livraient une bataille quant à la grandeur du moai, ainsi les sculptures devenaient de plus en plus grandes.

Les tailles ont cessé vers la fin du XVIIIème siècle et les pascuans ont trouvé un nouveau jeu : la cérémonie de l’homme-oiseau !

Le culte de l’homme-oiseau : il s’agit d’une cérémonie religieuse qui avait lieu une fois par an, dans le village d’Orongo, composé de 53 maisons et entouré par la mer d’un côté et le volcan de l’autre. Près de la falaise, dans la mer, se trouvent 3 petits îlots (motus). Les chefs des différentes tribus s’affrontaient et celui qui gagnait dirigeait l’île pendant une année. C’était la fête religieuse la plus importante de l’île entre le XVIIIème et le XIXème siècle.

En quoi ça consistait ? Sur le Motu Nui, chaque année venaient pondre la mouette sacrée manutara. Le but du jeu consistait à être le premier à ramener un oeuf de manutara.

Les chefs de clans venaient accompagnés d’un hopu (un serviteur) et s’installaient dans le village d’Orongo au mois de juillet. La cérémonie commençait par des danses rituelles.

Un mois plus tard, les chefs de clan envoyaient leurs hopus sur Motu Nui. Pas facile car ils devaient s’élancer de la falaise vers la mer, nager dans les forts courants et éviter les requins jusqu’à l’ilot, puis patienter (en crevant la dalle) jusqu’à ce que le premier oeuf arrive (souvent un mois plus tard).

Le 1er à trouver un oeuf devait grimper sur un rocher et crier à son chef : « ça y est chef, je l’ai, c’est moi le premier ! » et le chef alors devait se raser la tête.

Mais ce n’est pas fini la galère pour le hopu car il devait tremper l’oeuf dans la mer et l’attacher à son front puis il devait regagner l’île. Tous les autres hopus, revenant bredouille, le suivait à la trace car l’oeuf était censé le protéger des requins.

De retour à Orongo l’hopu devait donner l’oeuf à son chef, au crane rasé et peinturluré de rouge et de noir, et le chef tendre l’oeuf d’une main qui était aussitôt recouverte de rouge. Le chef était ainsi proclamé homme-oiseau avec tout un cérémoniel en danses et en banquets (parfois cannibals).

L’homme-oiseau représente alors le pouvoir divin de l’île, il devient le personnage le plus important avec le roi. On pourrait se dire que c’est plutôt cool pour lui, mais en fait pas tant que ça car l’homme-oiseau doit se retirer dans une hutte, il n’a pas le droit de se baigner dans la mer, il n’a pas le droit de se laver les cheveux ou les ongles et il doit faire vœu d’abstinence, pendant un an. Les aliments sont préparés par un hopu spécial et il n’a pas le droit de manger avec la main qui a brandit l’oeuf. Ce rite a pris fin avec l’arrivée des missionnaires.

Il existe bien d’autres traditions, notamment concernant les filles des chefs de guerre, mais je crois qu’il vaut mieux que je vous épargne l’histoire !

L’arrivée des européens

Le 1er occidental à découvrir l’île a été un hollandais, arrivé le dimanche de Pâques 1722, d’où le nom d’île de Pâques. Le débarquement a tourné au drame.

50 ans plus tard, en 1770 l’île est visitée par les espagnols qui lui donneront le nom de San Carlos en hommage à leur roi.

Elle sera ensuite visitée par le capitaine Cook en 1774, lequel lui donna le nom de Rapa Nui. Les rapports avec les habitants de l’île seront alors cordiaux voire amicaux.

Plusieurs expéditions eurent lieu, la plupart du temps dramatiques, dont une en 1808 où les américains capturèrent des habitants de l’île pour les réduire à l’esclavage.

En 1862, ce sont près de 4000 pascuans qui furent capturés et réduits à l’esclavage au Pérou. Les autorités françaises et anglaises furent alertées et ordonnèrent aux péruviens de les relâcher. Ils furent alors rapatriés mais beaucoup moururent pendant la traversée. Quinze rescapés ramenèrent des maladies sur l’île. En quelques mois la population de l’île fut décimée. De 5000 habitants en 1860, l’île passa à 600. La civilisation et les rites disparurent avec ses habitants.

En 1864, un missionnaire du nom de père Eyraud fut le 1er blanc à s’installer sur l’île. La société pascuane était déréglée à ce moment-là ce qui aida le père à implanter sa doctrine. Il reviendra en 1866 avec quelques potes pour donner des leçons de catéchisme aux pascuans qui changèrent peu à peu de religion. Sa mission ? Baptiser tous les habitants de l’île, et il réussit. En même temps, il fit détruire les traces des croyances et traditions des pascuans.

En 1870, un autre gars débarqua sur l’île pour mettre en place une exploitation agricole en mettant les pascuans à son service les réduisant à l’état d’esclave. Certains habitants réussirent à s’échapper en Polynésie, notamment sur l’île de Tahiti. Les esclaves restés captifs assassinèrent le mercenaire et il fut remplacé par un polynésien de Tahiti, beaucoup plus humain, qui resta plus de vingt ans sur l’île, d’où les nombreuses similitudes qui subsistent aujourd’hui entre les pascuans et la Polynésie (langue, traditions).

En 1888, l’île est annexée par le gouvernement chilien qui donne l’île en concession à une compagnie anglaise qui fait de l’île une ferme géante de moutons, responsable de la dévastation des terres ! L’île servira également de prison politique au gouvernement chilien. Les pascuans se retrouvent confinés à Hanga Roa, n’ayant pas le droit de se déplacer.

Des années 50 à aujourd’hui

Ce n’est qu’en 1952 que le Chili reprend l’île pour subir une occupation militaire cette fois-ci.

En 1960, les pascuans accèdent enfin à une démocratie et découvrent le droit de vote, l’accès à l’électricité et à l’eau et à un système scolaire. L’armée apporte des médicaments et la lèpre est définitivement éradiquée.

En 1967, un aéroport est construit avec un financement américain, ils sont ainsi autorisés à utiliser l’aéroport en cas de problème lors des vols.

En 1971, avec l’ouverture de la ligne aérienne « LAN », l’île sort de son isolement. Les vols commerciaux seront de plus en plus nombreux, ils apportent avec cette ouverture le tourisme, qui donnera un moyen de subsistance de plus en plus lucratif pour les pascuans.

En 1995, l’île de Pâques a été déclarée patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO.

En 2007, l’île gagne une certaine liberté administrative et a le statut de « territoire spécial ».

A ce jour, environ 60 000 touristes visitent l’île chaque année.

La faune et la flore

La flore : il y a plus de 3000 ans, l’île était couverte de forêts avec plus d’une quarantaine d’espèces d’arbres différentes. Aujourd’hui, l’île est aride et possède peu d’arbres. Que s’est-il passé ? Il y aurait 4 causes principales : les tsunamis, l’élevage des chèvres et des moutons pendant plusieurs années (il n’y en a plus aucun sur l’île aujourd’hui), les incendies, les crémations d’antan (sur le site de Tongariki, il a été retrouvé 98 kg de cendres humaines !) car les Pascuans accordaient une place très importante au culte de la mort.

La faune : quelques oiseaux migrateurs et une faune marine très variée. Le reste a été introduit par l’homme : les rats et les lézards (voyageant dans les cales des bateaux), les rapaces (pour venir à bout des rats, sans grand succès), les chiens, les chevaux.

Les chevaux, parlons-en ! Il y en a partout sur l’île. Ils ne sont pas sauvages car ils sont tous marqués, mais ils se promènent en liberté, n’importe où, car de toute manière ils ne peuvent pas partir bien loin, l’île étant petite. Est-ce que les pascuans les mangent ? non. Est-ce qu’ils s’en servent comme moyen de locomotion ? non pas vraiment, à part pour faire quelques randonnées pour les touristes. Est-ce qu’ils s’en servent comme animaux de trait ? Non plus. Bin en fait, ils servent à rien, les reproductions ne sont pas contrôlées et ils prolifèrent. Ils abîment les sites avec leurs sabots. Il est dit que quand les habitants songeront à contrôler leur population, des abattages de masse seront sûrement nécessaires.

Nous espérons que cet article vous a plu, il vous permettra de mieux comprendre notre épopée sur l’île de Pâques. L’Histoire de l’île est volontairement grossièrement dépeinte, pour aller à l’essentiel, mais il y a de nombreuses sources sur internet qui vous permettent d’approfondir l’histoire passionnante de l’île de Pâques.

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